Le parc archéologique Saint-Just

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La collégiale avant sa destruction, autour de 1550.

Cet espace vert lyonnais est situé au n°13 rue des Macchabées, dans le 5ème arrondissement de Lyon. Il représente une étendue assez importante de vestiges archéologiques, néanmoins pas toujours évident à déchiffrer, compte-tenu de l’importante continuité historique et religieuse du site. A cet emplacement, se situait pourtant la puissante église collégiale Saint-Just, entourée de bâtiments religieux. L’ensemble était clos et protégés d’une fortification propre, le cloitre Saint-Just.

L’évolution du site

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Localisation

Le site de Saint-Just (13, rue des Macchabées) a connu différents types d’usages au cours des époques. Durant l’antiquité, ce lieu est occupé par un habitat suburbain, puis fait partie intégrante d’une vaste nécropole païenne . A l’époque paléochrétienne (III-Vème siècle), il est ensuite utilisé pour ensevelir les premiers chrétiens. La vénération des tombes et des mausolées de personnages illustres de la communauté chrétienne grandissante contribue à la création d’une basilique funéraire. Les mausolées prennent la forme de petits édifice destiné à recevoir la tombe d’une personne riche ou vénérée par ses contemporains.

Trois édifices de taille importante se succèdent à la même place au cours des temps. Au Moyen-Age, le site est le siège du puissant chapitre des chanoines de Saint-Just. Un chapitre est une assemblée religieuse attachée au service d’une église cathédrale ou collégiale. Il existe normalement un chapitre dans chaque diocèse, le chapitre cathédral. Il peut s’en trouver dans une autre église que la cathédrale : c’est alors un chapitre collégial, comme c’est le cas ici.

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Vue aérienne

L’église et le bourg qui l’entoure possèdent une muraille défensive distincte de l’enceinte principale de la ville.

Pendant la période des guerres de religion, en 1562, les protestants assiègent ces murs et détruisent l’église. Les ruines du bâtiment sont progressivement utilisées en réemploi dans d’autres constructions, et son existence tombe dans un oubli relatif, même si la vocation religieuse du site persiste par la construction d’une chapelle à proximité, en 1735.

En 1970, préalablement à la construction d’un ensemble immobilier, les fouilles menées par Jean-François Reynaud révèlent des niveaux gallo-romains, les nécropoles païennes et paléochrétiennes , et les restes des basiliques successives de Saint-Just.

Après la phase de fouilles, les vestiges ont été conservés in situ, dans un parc archéologique, et sont désormais accessibles au public.

Habitations et artisanat

Les fouilles des basiliques de Saint-Just ont tout d’abord révélé une occupation gallo-romaine. Situé en dehors du tracé de l’enceinte sacrée de la ville gallo-romaine (le pomoerium) et à proximité d’axes majeurs de communication, ce quartier prend de l’ampleur à partir de la fin du Ier siècle ap. JC, comme l’atteste la mise à jour des restes de riches maisons aux murs peints en lieu et place de la résidence des « Hauts de Saint-Just » (10- 18 rue des Tourelles – pas de vestiges conservés) et la découverte de ce qui pourraient être des restes d’activités artisanales, dont une tuilerie (13 – 15 rue des Macchabées), ainsi que des parties de structures de soutènement, datant du Ier siècle ap. JC (exèdres).

Mais dès la 1ère moitié du IIIème siècle, le site est progressivement abandonné (présence de dépotoirs).

Nécropole païenne

Dès le 1er siècle, une nécropole est présente au sud de la place Wernert et s’étend progressivement en direction du nord, pour rejoindre l’habitat abandonné mentionné ci-dessus, sur le site des basiliques. Cette nécropole faisait partie de la vaste aire funéraire qui s’étendaient à Trion et à Saint-Irénée. Les fosses individuelles à incinération appartiennent aux niveaux les plus anciens. Les fouilles ont également révélé des tombes à inhumation pratiquées dès la fin du Ier s. ap. JC, ce qui est assez remarquable à cette époque. De nombreuses épitaphes ont été retrouvées sur ces sites, avec une généralisation de la dédicace faite sous l’ascia. Une particularité de cette aire funéraire est qu’elle comporte essentiellement des tombes simples et non des mausolées païens (comme ceux visibles place Wernert, retrouvés près de Trion) ou des sarcophages décorés.

Nécropole chrétienne, mausolées et mur de clôture

Le mausolée est un petit édifice devait recevoir la tombe d’une personne particulièrement vénérée par ses contemporains. Ceux-ci pourraient-ils être à l’origine d’un culte important, et de la succession des bâtiments qui occupèrent les lieux durant 15 siècles ?

Dès le IIIè s., une nécropole chrétienne succède en effet progressivement à la nécropole païenne présente sur le site de Saint-Just. Il est ainsi parfois difficile de distinguer les tombes païennes des tombes chrétiennes. Les sépultures pouvant toutefois être interprétées comme chrétiennes présentent une grande variété : sarcophages (monolithe, formé de deux demi-cuves, ou en plomb), enfouissement en pleine terre, tombes en amphores, cercueils… La période d’utilisation maximale de la nécropole s’étend du IVè s. au Vè s.

Quatre mausolées ont été retrouvés durant les périodes de fouilles. Les trois premiers, quadrangulaires, de dimensions réduites d’environ 4 m x 6 m, abritaient une ou deux tombes. Un de ces mausolées a pu être daté du IVè s. ap. JC.

Les restes d’un des murs de clôture de la nécropole ont été retrouvés à l’est des basiliques. Ce mur pouvait avoir également un rôle de soutènement ou de délimitation d’une voie d’accès. Ce mur se rapproche, de par ses gros blocs, de celui retrouvé à Saint-Laurent de Choulans, ayant également le rôle de clôture de l’espace funéraire.

Différents édifices funéraires paléochrétiens se succèdent ainsi à l’emplacement de la basilique de Saint-Just : tout d’abord un mausolée, probablement celui d’un personnage important de la communauté religieuse de l’époque (évêque, saint, martyr…), puis une église, remaniée et agrandie très tôt, pour atteindre des dimensions et une capacité importantes.

Le mausolée à abside

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Plan du mausolée

Les fouilles ont aussi révélé les traces d’un petit mausolée à abside, à l’intérieur des vestiges des églises successives. D’une longueur totale de 8 m pour une largeur de 6m, il n’a pas révélé de tombe, le sarcophage ne devait donc pas être enfoui, mais posé sur le sol. Ce petit édifice comportait peut-être des portiques latéraux. D’abondantes monnaies ont été retrouvées dans la crypte qui remplaça plus tard ce mausolée. Celles-ci pouvaient être des offrandes placées sur la tombe du saint ou à sa proximité.

Le mausolée serait antérieur de peu au 1er état de la basilique à côté de laquelle il se trouve (Saint-Just I). En tout cas il serait antérieur au 2ème état de la basilique (Saint-Just II) qui date au plus de 451 ap. JC.

Les basiliques

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Plan des églises successives

Une première basilique (Saint-Just I) est construite à proximité du mausolée précédemment décrit. De plan rectangulaire et présentant une abside, peu de vestiges permettent une restitution détaillée de l’édifice. On peut cependant supposer qu’il était composé de 3 nefs.

La basilique initiale est ensuite agrandie, par l’ajout d’un vaste transept, d’une nouvelle abside située plus à l’est, et d’annexes. Les travaux d’agrandissement se sont déroulés en plusieurs campagnes successives. L’église initiale se voit également rajouter des galeries latérales de part et d’autres de la nef (portiques). L’édifice comprenait également 4 cryptes rectangulaires et voutées dont deux aux extrémités du transept.

Sur place

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Les 3 églises, matérialisées au sol

Le repérage rouge sur le site matérialise le tracé de la basilique Saint-Just I. Les bornes jaunes, celui de Saint-Just II. Les pierres apparentes sont les restes de l’édifice roman débuté au XIIème siècle. On peut remarquer le décalage successif des absides vers l’est.

L’église Saint-Just actuelle a été reconstruite à quelques centaines de mètres. (voir article suivant)

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